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A vendre aux enchères
Dimanche 25 octobre 2026 à partir de 16h
Artcurial, 7 Rond-Point des Champs-Élysées Marcel-Dassault 75008 Paris
Lot N°68
1935 Bugatti… 57 Cabriolet Dandy par Henri Chapron
Estimation 400000 - 600000 EUR
Carte grise française
Châssis n° 57349 Moteur n° 240 Carrosserie n° 4929
- Unique cabriolet Chapron sur châssis type 57 !
- Carrosserie et moteur d’origine
- Historique documenté depuis l’origine par Pierre-Yves Laugier
La carrosserie Chapron à Levallois a surtout habillé des châssis Bugatti au début des années trente. Débutée sur les châssis de type 44 vers 1928, la production se continue avec au moins huit 5 litres type 46, plusieurs type 49, un rare type 40 en 1931 et la même année un type 50. Les réalisations pour Bugatti après 1933 paraissent très confidentielles. Elles croisent celles des Delage et Delahaye qui ne prennent vraiment leur essor qu’à partir de 1936.
Il semblerait que seules deux Bugatti type 57 furent habillées par l’atelier, et d’un dessin très similaire. La première, châssis 57215/Mot 77, est livrée en châssis par chemin de fer à Paris le 22 août 1934. C’est une commande sur devis N° 5135 pour le Baron d’Armella, qui sera plus tard connu dans l’aviation sous le nom de Bertrand Dupérier.
La seconde est notre 57349/Mot 240 livrée en châssis par la route le 14 décembre 1935.
-- Devis Chapron Cabriolet Type 57
Le Devis Chapron est assez détaillé et vaut aussi pour la seconde voiture car les deux caisses seront quasi identiques :
« Cabriolet décapotable Type DANDY de grand luxe, type spécial.
Caisse : 2 larges portes ouvrantes sur fortes charnières.
Capotage se rabattant complétement à l’arrière avec compas extérieur.
Sièges : Avant en deux fauteuils réglables, dossiers inclinables. Arrière en une large banquette avec deux accoudoirs latéraux.
Ailes : Deux marchepieds cintrés, soudés aux ailes avant.
Porte roue : A l’arrière pour deux roues, l’une encastrée, l’autre en saillie.
Coffre : En tôle dans le châssis.
Supplément : Garniture intérieure en cuir anglais. Moulure spéciale chromée. Capotage en vachette vernie noire. Capot spécial allongé sur une partie de l’auvent. »
Le devis était pour chaque caisse d’environ 30.000 ff.
Il est à noter que le terme Dandy existe déjà dès 1930, et sera repris au début des années soixante sur les réalisations de Chapron sur base DS Citroën.
--- Différences entre les deux caisses de 57215 et 57349
La caisse de 57349 possède la moulure latérale chromée horizontale jusqu’à la malle, tandis que celle de 57215 plonge vers l’aile arrière. Les deux voitures avaient les ailes avant avec jupes latérales. Il existe une photo prise en janvier 1937 de la première voiture, alors propriété en seconde main du Duc de Vivonne, qui montre une moulure de caisse similaire à celle aujourd’hui sur 57349. Ce cabriolet 57215 semble avoir disparu à la fin de la guerre après avoir été utilisé par l’armée française de libération. Il possédait des flasques de roues sur les rayons. Il est très probable que 57349 ait également bénéficié de cet accessoire, mais sa malle tôlée n’inclut qu’une roue de secours.
--- Livraison et suivi historique de 57349
Le châssis roulant 57349 équipé du moteur sur silentblocs numéro 240 est livré à son premier propriétaire Mr Max HICGUET le 14 décembre 1935.
Celui-ci n’en est pas à sa première Bugatti. Il est avec son père, Victor Hicguet, d’origine belge, le dirigeant de la société « La Dolomie Française » fondée par ce dernier en 1902 et installée dans la commune de Flaumont Waudrechies, dans le Nord.
Cette usine de produits réfractaires était spécialisée dans la transformation de la dolomie pour l’industrie sidérurgique. V. Hicguet était aussi administrateur et président des boulonneries Hermant-Hicguet à Haumont.
Toute les Bugatti familiales seront immatriculées au nom de la société sauf la première, qui fut un type 46 acheté d’occasion par Victor Hicguet en mars 1931, et au décès de celui-ci immatriculé au nom de Max Hicguet à leur adresse privée qui est un petit château au 82 rue Sainte Anne à Haumont. L’année 1933 voit la famille utiliser une Bugatti 4L.900, type 50 cabriolet.
Un premier type 57 fut commandé par la famille Hicguet, il s’agit du châssis 57282 livré sans carrosserie le 27 avril 1935 et réglé 38.000 ff le 28 juin. Ce châssis fut immatriculé au nom de la « Dolimie Française » le 24 juin mais ne semble pas avoir été habillé et retournera au stock Bugatti mi-janvier 1936, il fut sans doute échangé lors de l’achat du châssis 57349.
La commande du châssis 57349 avec livraison des arrhes pourrait se situer vers le début du mois de novembre 1935 car la carte grise après fourniture des feuillets des Mines, est enregistrée le 19 novembre sous le numéro 4060 MD 1, au nom de « La Dolomie Française ».
Notons que Victor Hicguet décède à 66 ans le 26 novembre 1935, entre la commande de la voiture et la livraison à son fils, qui n’en était peut-être pas le vrai commanditaire.
Max Hermant-Hicguet est né à Haumont dans le Nord le 30 janvier 1910, dans la ville qui abrite l’usine familiale de boulonnerie « Vve Hermant-Hicguet & Cie ».
Il ne se marie qu’en août 1943 à Neuilly sur Seine, et habite alors 17 avenue Vion Whitcom,Paris 17eme avec sa mère.
Il est fort probable que lors du début des hostilités la famille ait quitté le Nord, emportant la Bugatti qui ne sera remise en circulation qu’en 1946 par un garagiste.
Le 6 mai 1946, un certain Prosper NADAUD,19 ter rue de Saint Germain à Port Marly, immatricule le véhicule dans le département de la Seine & Oise sous le numéro 858 YC 7.
Prosper Numa François Nadaud est un garagiste, fils de boulanger, né en 1904 à Rilhac Lastours, Hte Vienne.
Il est encore dans le Sud -Ouest lors de son mariage en 1929 à La Coquille, en Dordogne, mais nous le retrouvons dès 1931 dans les recensements de Port Marly en tant que garagiste à son adresse de la rue de St Germain. Il décède à St Germain en Laye en 1992.
Nous ne pensons pas qu’il ait utilisé le véhicule qui n’était sans doute pas roulant lors de son achat, qui peux se situer pendant la guerre.
Il cède la Bugatti au troisième propriétaire en 1949 comme l’indique le certificat de vente :
« Je soussigné atteste Monsieur Nadaud Prosper demeurent 19bis rue de saint Germain à Port Marly S&0, avoir vendu à Monsieur CONVENANT Marceau domicilié route de Vannes à Nantes, ma voiture Bugatti 57 N° de série 57349 immatriculée 858 YC 7. Je déclare que cette voiture n’a subi aucune modification, j’autorise le changement de la carte grise. Port Marly le 7 mai 1949. »
Les photos que nous connaissons de la voiture avant restauration confirment le caractère non roulant du véhicule.
Marceau Convenant (1914-2005) est un professionnel de l’automobile qui fut le directeur historique de la concession Peugeot à La Baule.
Marceau Convenant va stocker le véhicule en état d’origine, dans ses garages pendant près de quarante ans avant d’en entreprendre la restauration totale au milieu des années quatre- vingt pour le présenter au Club Bugatti France lors du grand rallye international de la Baule en 1992.
Il avait fait enregistrer le véhicule sous le numéro minéralogique 1721 XD 44, à la préfecture de Nantes le 20 septembre 1991, à son domicile de l’avenue d’Ouessant à La Baule.
Un article paru dans la revue Automobile de novembre 1991 décrivait ainsi la restauration du véhicule :
« Ancien garagiste, Marceau Convenant aura attendu l’âge de la retraite, à 70 ans, pour restaurer le cabriolet Bugatti Chapron déniché à l’état d’épave à la fin des années quarante. Depuis sept ans ses journées sont consacrées à la restauration de cette voiture, désossée deux fois pour la mécanique et la peinture. Pour retrouver certaines pièces Marceau Convenant et son épouse Rachel se sont déplacés à l’étranger et ont par exemple trouvé le pont en Belgique. »
Sur les photos avant restauration, le véhicule semble complet, les ferrures, montants de pare -brise et capote sont présents. Seuls des phares obus avaient remplacé le modèle original.
--- Analyse du véhicule
L’examen du véhicule permet de noter un habitacle aux boiseries de portes et de tableau de bord d’une facture différente des réalisations habituelles sur châssis type 57. Chapron signe ici une commande particulière et unique dans sa réalisation. Le dessin de la planche de bord et les panneaux de portes sont dans le style du carrossier parisien et très différent des codes de Gangloff ou de l’atelier de l’usine. Le tableau de bord est une réalisation de Chapron dans son ensemble.
Le numéro de carrosserie Chapron a été trouvé sur une des charnières chromées du capot. Il porte le numéro 4929.
Celui-ci s’inscrit dans la série de réalisation du carrossier pour 1935, en effet une Delahaye Chapron de 1935 porte le numéro 4810 et une autre de 1936 le numéro 4972.
Le carter supérieur moteur porte gravé d’origine les numéros de châssis et moteur 57349 /240.
La boite de vitesse numéro 342 provient d’un coach Ventoux châssis 57450, livré en novembre 1936 à un industriel de la Mayenne dénommé Maurice Bouesse.
Le numéro du pont arrière n’est pas accessible de fait d’une plaque recouvrant sa face supérieure. Selon les dires de M. Convenant il aurait été acquis en Belgique, et proviendrait donc d’une autre voiture.
Le châssis est équipé de freins hydrauliques qui furent sans doute mis sur le véhicule par Max Hicguet vers 1938.
Cette voiture est sans doute l’unique survivante des réalisations du maitre carrossier Chapron de Levallois sur châssis Bugatti 57. Il ne semble par ailleurs subsister qu’une seule autre Bugatti carrossée par Chapron qui est un cabriolet type 40A de 1931 sur plusieurs dizaines de voitures habillées entre 1928 et le milieu des années trente.
Le cabriolet 57 présenté aujourd’hui ne fut vraiment utilisé en véhicule d‘usage courant que par son premier propriétaire, certainement jusqu’à la guerre, avant d’être remisé, vendu à la fin des hostilités à un mécanicien qui s’est contenté de la préserver tout comme le troisième acquéreur nantais qui la garda intouchée pendant près de quarante ans.
Pierre -Yves LAUGIER
Pour ARTCURIAL octobre 2026
--- "Automobiles sur les Champs" ---
Artcurial, 7 Rond-Point des Champs-Élysées Marcel-Dassault 75008 Paris
- Exposition :
24 octobre, de 10:00 à 19:00
25 octobre, de 09:00 à 16:00
- Renseignements
Commissaire-priseur
Anne Claire MANDINE
Commissaire-priseur
Tél. +33 1 42 99 20 73
acmandine@artcurial.com
Contacts
Anne-Laure FRANCÈS
Administrateur des ventes
Tél. +33 1 42 99 20 56
motorcars@artcurial.com
Bureau des enchères
Kristina Vrzests
Tél. +33 1 42 99 20 51
bids@artcurial.com
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